Ce que l'IA ne sait pas encore faire dans une production vidéo
Les outils s'accumulent, les promesses aussi. Voici ce qui résiste, et pourquoi ce n'est pas un hasard.
Un outil, pas un remplaçant
Depuis deux ans, à peu près chaque semaine, un nouvel outil IA débarque avec la promesse de révolutionner la production vidéo. J'utilise plusieurs de ces outils et certains sont franchement bons. Mais après 15 ans de montage, je remarque surtout ce qu'ils ne font pas. Pas par militantisme. Par observation.
Montrer l’humain, pas seulement le discours
Il y a quelques semaines, lors d’un visionnage de rushes, la personne interviewée a légèrement buté sur une phrase anodine, mais avec un sourire en coin. Ce moment-là, dans le montage final, est devenu la conclusion de toute la séquence. Ce n'était pas la meilleure prise au sens technique, mais la personne était soudainement plus vraie, plus naturelle… plus humaine.
Aucun algorithme ne m'aurait sélectionné ce plan. Il aurait optimisé l'articulation, la clarté, l'absence de "euh". Pas la vérité qui passe dans les yeux.
La structure narrative, ça se construit
Sur une vidéo de marque, j'ai parfois 3 heures de rushes pour 2 minutes de livrable. La question n'est pas technique, c'est : « Quel message poussons-nous ? Quels éléments font avancer le récit ? Que doit retenir le spectateur à la fin ? ».
Les outils IA actuels peuvent suggérer des montages automatiques à partir de mots-clés ou de rythme musical. Mais ils travaillent sur la surface du matériau. La narration, elle, vient d'une intention. Le rôle du monteur, c'est de décoder ce que le client ne sait pas encore formuler, et de proposer une forme qui lui correspond, pas une forme générique.
La coupe juste, ça ne s'entraîne pas
La coupe juste, c'est souvent une question de quelques images. Le rythme qui fait qu'on est pris dans le discours ou qu'on décroche parce que l’on sent une butée dans le flot de parole. Ce sens-là ne vient pas d'une règle, il vient de plusieurs années d'exposition à des films réussis et à des films plus maladroits, de retours clients parfois compliqués, de versions 12 et 13 sur un même projet.
Un algorithme peut identifier ce qui "fonctionne" statistiquement. Il ne sait pas pourquoi une coupe sèche convient à une PME qui veut paraître réactive, et pourquoi la même coupe trahit l'image d'une association qui a besoin de chaleur. Ce calibrage-là, entre ce qu'un client dit vouloir et ce qui lui ressemble vraiment, c'est du goût professionnel. Et ça s'acquiert, ça ne se génère pas.
Alors, on fait quoi ?
D'un côté, des professionnels qui craignent d'être effacés par l’IA. De l'autre, des commanditaires qui imaginent une post-production 100% automatisée, livrée en quelques clics. Ces deux visions se nourrissent l'une l'autre, et toutes les deux ratent l'essentiel.
L'IA fait des choses utiles : elle fait gagner du temps sur les tâches répétitives, améliore la qualité technique, permet d'explorer des variations plus vite. Mais elle ne remplace pas ce qui fait la valeur d'un monteur, le regard, le récit, la capacité à traduire une intention en quelque chose qui ressemble au client.
